"Les raccourcis font de longs délais"   [J.R.R Tolkien]

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Le 11 août 2014

Agde – Toulouse : Histoire d’un aller et retour…


C’est sur une idée lumineuse de Michel que nous partons découvrir le canal royal en Languedoc. Moins praticable que le canal latéral à la Loire auquel je suis habituée, le chemin du canal du Midi nous aura au moins appris à repérer rapidement racines et cailloux sur les petits sentiers en terre.
Solidaires, nous signalons chaque obstacle sur le chemin : « cailloux », « trou ! » « racine » ou « grosse racine ! », parfois un peu trop d’ailleurs lorsque nous jugeons nécessaires de prévenir d’un « poisson », « feuille » « gravier » « ombre ». Il faut dire qu’avoir sans cesse les yeux en alerte n’est pas bon pour l’esprit !

Suivre le canal n’est donc pas si reposant qu’on pourrait le penser de prime abord. Outre les chemins peu praticables au début du parcours, nous avons eu la bonne idée de remonter le canal jusqu'à Toulouse. Le dénivelé reste raisonnable mais le vent, lui, ne l’entendait pas de cette oreille. Zéphyr, Zéph pour les intimes, est à la fois notre ami et notre ennemi. Ami car durant ces chaudes journées d’été il nous rafraîchit. Ennemi car il souffle toujours dans le même sens le long du canal puisque c’est la tramontane, à savoir un vent de face qui ralenti fortement l’allure du plus brave des cyclistes.
Le premier jour de voyage fut le plus riche en ouvrages d’art : écluse ronde d’Agde, ouvrage du Libon, pont-canal de Béziers suivi des 9 écluses et tunnel du Malpas. Autant dire que Pierre-Paul Riquet utilisa de grands moyens pour créer la voie navigable.
A Toulouse, nous quittons le canal et l’ombre des platanes qui le bordent – pas encore tous malades, heureusement – pour changer d’époque et plonger dans le Moyen-Âge avec le pays cathare. Les contreforts des Pyrénées s’ouvrent à nous et Zéph fini par se mettre de notre côté pour nous aider dans les côtes qui mènent aux châteaux.
Plein de courages, nous partons en début d’après-midi d’une journée grise découvrir le château de Montségur haut perché à 1200 mètres. Le col du même nom franchi, il nous reste à laisser les vélos pour entamer la longue ascension qui mène au château. Ruine à flanc de montagne, je peine à imaginer que 500 personnes pouvaient vivre là dans des habitations si proches du vide. De Montségur dont il ne reste plus grand-chose, nous observons le paysage alentour. Les noirs nuages approchent mais au loin nous voyons le soleil éclairant le camping. Nous nous réfugions dans le donjon à l’abri du vent et du brouillard pour déguster des pistaches puis nous repartons. 



PEYREPERTUSE

Nous partons de St Paul-de-Fenouillet légers sans nos bagages pour découvrir les gorges de Galamus suivies des châteaux de Peyrepertuse et Quéribus.  Les montées s’enchaînent et Zéph fait des siennes ainsi que mon vélo. En bas du château de Peyrepertuse, dans le village du même nom, nous réglons mon problème de pédalier par un bon coup de pied dans la mécanique avant de commencer l’ascension du col. Christiane et son Moustache filent comme la lumière. Je monte tranquillement alternant marche et pédalage. Le soleil tape dur en cet après-midi et nous arrivons au sommet assez tard. Un spectacle de fauconnerie avec différents rapaces nous récompense de nos efforts et nous permet une pause bienheureuse. Michel avec sa bonne bouille est choisi pour servir de « cadavre » pour le dîner des vautours. Un vautour vient saisir sur lui les morceaux de viande déposés par la fauconnière. Le château perché à 800 mètres s’étale le long d’une crête rocheuse.  De retour de la visite, l’heure déjà tardive nous fait abandonner la visite de Quéribus. Un dilemme s’offre à nous : rentrer en parcourant les 23 kms et un col qui nous séparent du camping ou prendre un raccourci en passant par le sentier de grande randonnée et avoir ainsi 10 kms à faire. Christiane préfère la route, les plus fatigués préfèrent tenter le GR. Etant les plus nombreux, nous partons donc pour le plan B.
Le chemin menant au GR nous ouvre de belles perspectives tant au niveau carrossable que des paysages. Notre engouement s’achève rapidement lorsqu’il s’agit de monter en poussant nos vélos à travers un petit sentier caillouteux. Après maints efforts, nous arrivons dans un pâturage perdu au milieu des montagnes.     Splendide.     Nous entamons la descente dans les pierriers. Les cailloux glissent, les vélos doivent parfois être portés, et le soleil commence tranquillement sa descente sur les montagnes. Le paysage est magnifique. Perdus, au milieu de nulle part, sans eau ni nourriture avec seulement nos vélos qui ne servent à rien et nos jambes qui endurent cette longue marche. Un pur moment de bonheur, inattendu. Il faut avouer que nous avons retrouvé la route avec soulagement après deux longues heures de marche. « Les raccourcis font de longs délais » dit Tolkien, il est vrai, mais ils font aussi de belles découvertes.

 
Le canal du Midi est chouette, mais le pays cathare aura été pour moi la pépite de ce périple. Il est bien difficile de retrouver la société de consommation après une dizaine de jours à vivre comme des nomades, avec seulement nos vélos et le minimum d’affaires.